BIOGRAPHIE
Poor Boy ou la
science des rêves. Deux ans après Moondream, un premier
album autoproduit remarqué qui canalisait alors des
années d'expérimentations, de rodage live et de
multiples collaborations (Abstrackt Keal Agram, John Trap...),
le songwriter Poor Boyreprend sa quête du sommeil agité
avec Dreamer Are U Sad, pour le compte du jeune label
parisien YY. Et le rêve se fait plus sombre. Le son s'est
épaissi, le groupe aussi avec l'apport d'un nouveau
guitariste, la formule à cinq permettant plus de
digressions. Et cet album dense n'en manque pas.
Ici, le
bidouilleur acharné, le bricoleur du 4 pistes des
débuts, se démarque volontairement de toute forme d'influence.
Il n'y a nulle trace dans Dreamer Are U Sad de folk
décharné, d'orfèvrerie pop, de retour garage. On
assiste surtout à de grandes compositions qui fuient les
formules évidentes. Définir l'univers de Poor Boy
relève de l'exploit tant on retrouve pêle-mêle des
balisages lo-fi, électro rétro, de tension noisy et de
rock au métronome. Chaque repère de l'auditeur est
systématiquement concassé, maltraité : mellotron,
churs sixties, power pop, tempos martyrisés, l'audace
est partout. Poor Boy ose tout et c'est à ça qu'on le
reconnaît.

Enregistré et
mixé au studio Black Box, (le temple de l'enregistrement
analogique) par le producteur Peter Deimel (Sloy, dEUS,
Hushpuppies), adepte d'une approche au plus près du live,
ces 13 titres urgents laissent surtout la part belle aux
musiciens qui composent le groupe sur disque et sur
scène. Splisk (basse), Nihil Kei (guitare), Forenz et
John Trap solo se partageant la batterie, et enfin, La
Fille aux claviers et alter ego au chant sur une grande
partie des titres. Suffisamment imprégnée de ces
univers multiples pour mener seule un Light from The
Urban en apesanteur, aux allures de fin de messe
apocalyptique, et de répondre en écho sur This was the
day sur fond de banjo et d'une inquiétante guitare fuzz,
annonçant l'orage à venir.
Parce que Poor Boy a conservé un sens aigu de l'hospitalité,
il a fait appel, sur deux titres, à Benoit Guivarch,
leader de Carp, groupe d'insatiables chercheurs de
mélodies abyssales. Accalmie folk provisoire avec Days
in the Bend, un bijou mélodique et vaporeux et le
ténébreux Trocksong sur lequel la grande tradition pop
des premières mesures subit rapidement un traitement
inattendu aux frontières du rock progressif.
Parce que Poor
Boy n'oublie personne et qu'il aime passionnément les
relations publiques, il a disséminé ça et là quelques
petits plaisirs instantanés taillés pour le live et
pour les amateurs d'efficacité : Rock'n Orgy, Not My
Caesar et Election libre rivalisent de concision et de
puissance en moins de trois minutes. Plus sauvage encore,
Dreamer Are U Sad marque par son intensité
littéralement libérée et ses guitares oubliant toute
pudeur.
Restent alors,
les grandes épopées qui jalonnent l'album, à commencer
par The Passer-by, un sommet de construction folk-rock
qui trouve sa libération dans un final brutal et
extatique. Untitled son est une parfaite synthèse de l'univers
du musicien dans sa construction et la volonté
permanente d'exploiter toutes les pistes et recoins
mélodiques, emmené par un beat haletant et un refrain
désespéré.
A l'écoute de
Dreamer, un seul mot d'ordre: Be Poor.
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